Fin avril, les cerisiers avaient déjà perdu leurs fleurs : pourquoi les billets pour le Japon étaient-ils aussi chers ? Je me souviens encore de ma surprise en ouvrant Skyscanner pour improviser un voyage en solo. J’ignorais que je m’apprêtais à partir en plein cœur de la Golden Week, l’une des plus grandes périodes de vacances japonaises.
Je pensais simplement profiter d’un long congé et trouver moins de monde en semaine. Cette illusion a disparu dès mon arrivée à Narita. La file de l’immigration était impressionnante, et le train vers Tokyo bondé. Ce n’était pas le début solitaire et romantique que j’avais imaginé. Entraîné dans la foule, je me sentais comme une petite embarcation emportée par une vague. Voilà ma première rencontre avec la Golden Week, ゴールデンウィーク.
Qu’est-ce que la Golden Week ?
Cette foule qui m’avait assailli dès l’aéroport était celle de la Golden Week. Les habitués du Japon connaissent bien cette période. Pour un voyageur coréen, on peut la comparer à Seollal ou à Chuseok, mais avec une différence : aux départs pour retrouver sa famille s’ajoute un immense mouvement de voyages touristiques dans tout le pays.
Ce ne sont pas seulement quelques jours fériés isolés. Entre fin avril et début mai se succèdent le jour de Shōwa, le 29 avril, la fête de la Constitution, le 3 mai, la Journée de la verdure, le 4 mai, et la fête des Enfants, le 5 mai. Selon leur place autour des week-ends, les congés peuvent s’étendre sur 7, voire 10 jours. La foule ne se compose donc pas seulement de visiteurs étrangers : beaucoup de Japonais y concentrent les vacances qu’ils ont attendues toute l’année. Le calendrier variant, consultez sur le site de JNTO les jours fériés de l’année concernée avant de réserver.
L’année de mon voyage, les vols atteignaient 2,5 fois leur prix habituel. Une chambre individuelle dans un business hotel de Tokyo, habituellement à 80 000 wons, dépassait largement 250 000 wons. Et ce n’était que le début : les places réservées des Shinkansen et des grands trains express partaient dès l’ouverture des ventes. Obtenir une entrée dans un lieu très demandé comme le musée Ghibli semblait relever de la chance. Réserver seulement un ou deux mois avant pouvait déjà être trop tard. Même avec du budget, les disponibilités limitaient le programme.
Le bon côté de la Golden Week
La saison offre souvent un temps très agréable, ni trop chaud ni trop froid, idéal pour marcher avec une veste légère. Les koinobori, ces grandes carpes en tissu suspendues pour la fête des Enfants, décorent le ciel. Des festivals et événements locaux donnent aux villes une animation particulière, plus vive qu’à l’ordinaire.
Le revers de la Golden Week
Le problème dépasse les seuls prix et la foule. En plus des vols et hôtels coûteux, on peut attendre 1 à 2 heures devant un restaurant, même dans une petite rue calme, sans parler de Shibuya ou Shinjuku. Lors de mon séjour, la Yamanote paraissait plus chargée qu’aux heures de pointe et les espaces sans réservation du Shinkansen vers Kyoto étaient bondés jusque dans les allées. À chaque étape, il fallait composer avec l’attente et les dépassements de budget.
Pourquoi voyager à cette période, alors ? Entre la douceur du temps, l’ambiance festive, les prix élevés et la foule, le choix est difficile. Si vos dates vous imposent la Golden Week, il reste pourtant des moyens de mieux organiser le séjour.
Peut-on vraiment profiter du voyage malgré la foule ?
Se débrouiller est possible ; profiter du séjour demande plus de préparation. La météo agréable et les festivités ont un prix. Au sanctuaire Fushimi Inari, à Kyoto, j’ai surtout vu l’arrière des têtes au lieu de la longue succession de torii rouges. J’avais l’impression d’avancer sur un tapis roulant humain. Prendre une belle photo devenait un luxe ; même progresser était difficile. Au lieu de chercher le cliché idéal, je tentais simplement de garder un souvenir sans gêner les autres.
À Tokyo, ce fut encore plus compliqué. Pour un restaurant de sushis réputé à Shibuya, Google Maps indiquait 3 heures d’attente. Ce n’était pas une exception pendant cette période. J’ai finalement dîné d’un katsu sando acheté à la supérette. Le beau repas en solo que j’avais imaginé s’est transformé en sandwich dégusté sur le bord du lit de l’hôtel. Au Japon, on parle parfois de ランチ難民, les personnes qui ne trouvent pas où déjeuner. Pendant la Golden Week, je comprenais très bien cette expression.
La liberté et la tranquillité, qui font l’intérêt du voyage solo, devenaient difficiles à retrouver. J’ai même parfois trouvé la situation plus fatigante parce que j’étais seul. Avec quelqu’un, on peut discuter en attendant ; affronter seul 2 heures de file est long. Dans une aire de restauration, après avoir enfin trouvé une place, je craignais qu’elle soit prise pendant ma commande. Marcher à mon rythme ou entrer spontanément dans une adresse qui me plaisait n’était plus si simple.
La foule affecte tout le voyage. Sur la Yamanote, il peut falloir laisser passer plusieurs trains avant de monter. Les consignes des gares peuvent être occupées dès le matin, obligeant à garder ses bagages. Les toilettes des sites touristiques ont aussi leurs files. Ces petites difficultés répétées finissent par épuiser et par réduire le plaisir du séjour.
Des conseils concrets pour mieux vivre la Golden Week
Mon récit de foule compacte peut sembler décourageant. La Golden Week demande effectivement de l’organisation. Mais si vous devez partir à cette période, ou si vous souhaitez découvrir cette énergie particulière, voici les solutions que j’ai retenues après l’avoir vécue. Elles peuvent éviter qu’un séjour attendu ne se transforme en regret.
- Commencer les réservations au moins 6 mois à l’avance
Pour les vols et les hôtels, mieux vaut réserver une offre adaptée dès qu’elle apparaît plutôt que compter sur une meilleure occasion tardive. Pour les Shinkansen et certains trains express, la vente classique ouvre un mois avant le départ à 10:00, heure japonaise, selon le service. Des trajets très demandés peuvent se remplir en 5 min. Une fois votre programme fixé, vérifiez les règles sur le site officiel JR et programmez un rappel. Élargissez aussi votre recherche d’hébergement : les business hotels fréquentés par les voyageurs d’affaires japonais peuvent eux aussi être complets. - Oser découvrir un Japon au-delà des grandes destinations
Tokyo, Osaka et Kyoto peuvent ressembler à d’immenses files d’attente pendant cette période. En regardant d’autres régions, on peut faire de belles découvertes. Le principe est de choisir aussi selon la fréquentation, au lieu de suivre seulement les lieux les plus connus de sa liste.
Si vous aimez l’art et l’architecture, envisagez Naoshima ou Takamatsu, dans la région de Shikoku. Pour la nature et les bains thermaux, Akita ou Yamagata, dans le Tōhoku, peuvent vous intéresser. Kanazawa, dans le Hokuriku, est une autre option, même si sa réputation de « petite Kyoto » attire aussi du monde. Dans mon expérience, quitter les grandes métropoles a réduit d’environ 80 % le stress lié à la foule ; ce n’est toutefois pas une garantie de calme partout. Dans les petites villes, réservez aussi les voitures ou bus nécessaires pour éviter de vous retrouver sans transport. - Une visite principale par jour et un vrai plan B
Renoncez au programme habituel de 2 à 3 sites par jour. Les temps de déplacement et d’attente deviennent difficiles à prévoir. Un trajet de métro de 15 min peut prendre 45 min en ajoutant l’accès au quai bondé. Choisissez plutôt une visite prioritaire et arrivez à l’ouverture. Pour le grand Bouddha de Kamakura, par exemple, visez une arrivée avant 09:00 afin de commencer plus tranquillement.
Gardez l’après-midi souple. Après la visite principale, vous pouvez vous promener dans un quartier résidentiel près de l’hôtel ou faire une pause dans un salon de thé local. Préparez aussi un plan B : si votre restaurant annonce 2 heures d’attente, avoir enregistré dans Google Maps des rayons alimentaires de grands magasins ou des supermarchés voisins vous permet de vous adapter sans perdre toute la soirée. - Bien manger ne se limite pas aux restaurants avec une file
Comme lors de ma soirée à Shibuya, où j’ai renoncé à 3 heures d’attente pour un sandwich de supérette, les repas peuvent mettre la patience à l’épreuve. Mais il existe une solution plus agréable : profiter des depachika, les espaces alimentaires des sous-sols de grands magasins, et des supermarchés de quartier.
Les depachika réunissent bien plus que de simples courses : comptoirs de restaurants connus, sushis, tempuras et beaux desserts. Après 19:00, certains stands commencent leurs réductions de fin de journée ; on peut parfois trouver des plats à moitié prix. Les déguster tranquillement à l’hôtel peut être plus agréable qu’un repas pris épuisé dans une salle bruyante. Les supérettes proposent aussi de bonnes options. Ce n’est pas forcément un choix par défaut, mais une autre façon de bien manger.
La Golden Week offre une saison agréable et une ambiance festive à l’échelle du pays, avec en contrepartie des prix et une fréquentation élevés. Si vous recherchez surtout le silence et le repos en solo, je choisirais une autre période. Si vous souhaitez vivre cette énergie japonaise particulière, préparez les réservations, allégez le programme et gardez des alternatives. En adaptant vos attentes à ce voyage plus animé, vous pourrez en conserver le souvenir d’une aventure personnelle plutôt que celui d’une suite de files d’attente.