« Un izakaya ? Ce n’est pas un endroit bruyant, plein de jeunes et de fumée ? »
Ce fut la première réaction de ma mère. Pendant ce voyage au Japon avec mes parents, je voulais terminer la journée dans un lieu fréquenté par les habitants, autour de brochettes tout juste grillées et d’une bière pression pour ceux qui en avaient envie. Au lieu d’un restaurant rempli de touristes, j’imaginais une pause après la journée. Mais sa remarque m’a arrêté.
Je comprenais sa crainte. J’associais moi aussi les izakaya aux conversations sonores, à la fumée, aux tabourets sans dossier et aux menus japonais serrés les uns contre les autres. J’imaginais mes parents mal à l’aise, puis un départ précipité. Comme ils détestent tous les deux l’odeur du tabac, le critère numéro 1 était clair : trouver un endroit sans fumée.
Je n’ai pourtant pas abandonné l’idée. Après des recherches et les conseils d’un ami japonais, nous avons trouvé une adresse qui a changé notre regard. La soirée est devenue l’un des meilleurs souvenirs du séjour : une cuisine soignée dans un cadre paisible. Voici les critères qui nous ont aidés à choisir.
Peut-on trouver un izakaya sans fumée ?
Le tabac fait partie des points à vérifier quand on choisit un restaurant au Japon.
Habitués aux restaurants intérieurs non-fumeurs en Corée, mes parents supportent mal l’idée d’un repas dans la fumée. C’était notre priorité numéro 1. Depuis avril 2020, le cadre japonais de prévention du tabagisme passif a été renforcé, mais des exceptions et espaces fumeurs subsistent selon les établissements. Il faut donc vérifier les conditions de chaque adresse. Pour choisir un établissement entièrement non-fumeur, regardez les indications du restaurant. Le ministère japonais de la Santé présente le dispositif sur sa page 受動喫煙対策, prévention du tabagisme passif. Pour préparer un repas, retenez surtout les mentions utiles et confirmez-les à la réservation.
Les sites de restaurants et Google Maps peuvent indiquer le statut fumeur ou non-fumeur. Vérifiez aussi auprès de l’établissement avant de réserver.
Pour parler tranquillement
Après la fumée, le bruit était notre autre préoccupation. L’animation fait partie du charme de nombreux izakaya, mais après une journée de visites, nous voulions pouvoir raconter notre journée sans couvrir les toasts du groupe voisin.
Une solution est de réserver un koshitsu, 個室, une pièce privative. Cet espace peut permettre de discuter et de prendre quelques photos plus sereinement. Mon père, dont les jambes étaient fatiguées, pouvait aussi s’installer plus confortablement selon la disposition de la salle. Tous les izakaya n’en disposent pas : vérifiez la réservation et les éventuels frais de place, 席料, sekiryō.
Tous les koshitsu ne sont pas identiques. Lorsque le site indique 個室あり, « pièce privative disponible », consultez le détail de l’aménagement.
- Kanzen koshitsu, 完全個室 : pièce entièrement fermée Un espace séparé avec une porte, généralement le meilleur choix pour limiter les conversations voisines.
- Han-koshitsu, 半個室 : espace semi-privatif Un rideau de bambou ou une cloison basse protège surtout des regards. Le bruit peut rester très présent : n’attendez pas la même tranquillité qu’une pièce fermée.
- Horigotatsu koshitsu, 掘りごたつ個室 : espace avec renfoncement pour les jambes On s’assoit près du sol, mais les jambes descendent dans un creux comme sur une chaise. Cela peut convenir à des parents qui supportent mal la position en tailleur ; vérifiez aussi la facilité pour s’asseoir et se relever.
Sans pièce privative adaptée, cherchez une ambiance qui convient. Une petite adresse indépendante consacrée au nihonshu, 日本酒, ou au shōchū, 焼酎, peut privilégier la dégustation et la conversation, sans garantie de silence. Un izakaya de style kappō, 割烹, offre parfois une cuisine plus élaborée dans un cadre posé, avec un budget supérieur. Une fois le cadre choisi, reste à comprendre le menu.
Quelques repères pour commander
Un menu entièrement japonais peut déjà dérouter ; écrit à la main, il est parfois difficile à traduire. Je me souviens de mes hésitations pendant que mes parents commençaient à avoir faim.
On entend souvent « Toriaezu nama ! », とりあえず生!, pour commander d’abord une bière pression. Mais chacun choisit sa boisson. Mon père appréciait la nama bīru, 生ビール, tandis que ma mère préférait un thé oolong chaud, ウーロン茶, ou du thé vert, 緑茶. Une boisson sans alcool comme Calpis, カルピス, peut aussi plaire selon les goûts. Commander les boissons donne ensuite un peu de temps pour lire la carte.
Commencez par quelques plats familiers : yakitori, 焼き鳥, brochettes de poulet ; dashimaki tamago, だし巻き卵, omelette roulée moelleuse ; agedashi dōfu, 揚げ出し豆腐, tofu frit servi avec un assaisonnement. Si vos parents aiment le poisson cru, ajoutez un assortiment de sashimis, お刺身盛り合わせ. Pour un plat chaud à partager, regardez le yosenabe, 寄せ鍋. On peut commander progressivement, discuter, puis terminer avec du riz, des onigiri ou un ochazuke : c’est le shime, 〆, la fin du repas.
Un petit plat peut arriver sans avoir été commandé : c’est l’otoshi, お通し. Cette entrée accompagne souvent des frais de couvert, indiqués ici autour de 300 à 500 yens par personne. Ce n’est pas nécessairement une erreur de facturation : demandez les conditions avant de vous installer si vous hésitez. Le plat donne parfois un premier aperçu de la cuisine et peut devenir une agréable découverte.
Pour appeler le personnel, un « Sumimasen ! », すみません!, suffit, ou la sonnette si la table en possède une. Sur le reçu, 席料, sekiryō, désigne les frais de place, et お通し代, otoshi-dai, le prix de l’otoshi. Comprendre ces lignes permet de vérifier la facture plus sereinement.
Un peu de préparation pour une soirée agréable
« Je ne pensais pas qu’un izakaya pouvait être aussi calme et soigné. Et c’est bon. » Mon père a prononcé ces mots en terminant sa bière, et mes inquiétudes ont disparu. Ma mère appréciait son oolong chaud et l’omelette roulée. Le tofu agedashi a été la surprise commune : ils l’ont terminé très vite. Nous étions loin de l’image d’une salle bruyante et enfumée.
Avec ses parents, le confort et l’attention aux besoins de chacun comptent beaucoup. Cela dépasse une chaise moelleuse : suffisamment d’espace, la possibilité de s’entendre sans crier et le temps de dîner sans se presser. Cherchez une adresse qui offre cette pause, plutôt que de reproduire une soirée entre amis dans un lieu très animé.
Le mot izakaya recouvre des établissements variés : yakitoriya, 焼き鳥屋, spécialisés en brochettes, kaisen izakaya, 海鮮居酒屋, tournés vers les produits de la mer, ou adresses plus raffinées autour du tofu et des légumes de saison. En combinant les critères non-fumeur, pièce privative et cuisine appréciée de vos parents, vous vous rapprochez de votre objectif de 0 mauvaise surprise, sans pouvoir tout prévoir.
Faire découvrir ainsi une facette des soirées japonaises à ses parents procure une vraie satisfaction. Le plaisir du voyage vient aussi de ces repas réussis, pas seulement des grands sites. Voici les préparatifs qui ont facilité le nôtre.
Conseils pratiques pour les voyageurs
De la réservation à la commande, quelques détails peuvent rendre cette sortie plus agréable pour toute la famille.
- Utiliser les sites de réservation
Tabelog et Gurunavi permettent de rechercher des restaurants et leurs équipements. Au-delà de la note, regardez les filtres 個室, pièce privative, et 完全禁煙, entièrement non-fumeur. Les adresses populaires peuvent être complètes 1 à 2 semaines à l’avance. Si réserver en japonais vous inquiète, cherchez un service compatible avec votre langue ou demandez à l’hôtel s’il peut vous aider. - Arriver avant 18:00
De nombreux izakaya deviennent plus animés vers 19:00, après la sortie des bureaux. Pour des parents fatigués par la journée, une réservation vers 17:30 ou 18:00 peut offrir un début de repas plus calme. Vérifiez l’ouverture et réservez pour limiter l’attente. - Comparer avant de choisir une formule nomihōdai
Le nomihōdai, 飲み放題, propose des boissons à volonté pendant une durée limitée. Il n’est pas forcément intéressant pour une soirée tranquille : l’exemple du guide situe son intérêt financier à partir de 3 à 4 verres par personne, selon les prix. Nul besoin de boire davantage pour le rentabiliser. Commander à l’unité, 単品, tanpin, peut mieux correspondre aux envies. Vérifiez les boissons sans alcool, comme l’oolong, ウーロン茶, ou le thé vert, 緑茶, si vos parents les préfèrent. - Garder une réserve d’espèces
Les cartes sont courantes, mais certaines petites adresses anciennes demandent encore du liquide. Le guide propose une réserve d’environ 10 000 yens par personne, à adapter au prix du repas, pour éviter une difficulté de paiement après avoir trouvé le bon restaurant.
Comprendre le prix de l’otoshi, お通し
Si un petit plat arrive pour chaque personne sans commande, il peut s’agir de l’otoshi, associé aux frais de couvert. Le montant cité ici est généralement de 300 à 500 yens par personne, ajouté à la facture. Les conditions de refus ou de remplacement dépendent de l’établissement : renseignez-vous avant de vous installer, puis profitez de cette entrée si elle vous convient.
Si un plat vous intrigue, demandez « Osusume wa nan desu ka ? », おすすめは何ですか?, « Que recommandez-vous ? » Ces attentions peuvent aider vos parents à se sentir accompagnés et à profiter de la soirée. Je vous souhaite un repas agréable, adapté aux envies de toute la famille.