Après 5 heures entières de bus depuis Bangkok jusqu’à l’embarcadère de Trat, puis plus de 30 minutes de ferry, j’ai enfin posé le pied à Koh Chang. Je me souviens encore de cette bouffée d’air brûlant. Mais l’émotion de l’arrivée a vite cédé la place à la perplexité devant les pick-up blancs, les songthaew, dont les chauffeurs interpellaient les passagers du ferry. C’étaient donc les taxis ? Comment allais-je rejoindre mon hôtel là-dedans ?
Koh Chang est bien plus grande et allongée qu’on ne l’imagine. Les plages, hébergements et restaurants s’éparpillent le long de sa côte ouest, sur un axe nord-sud. Le problème : une seule route sinueuse à 2 voies, une dans chaque sens, relie tous ces lieux. Le moyen de transport choisi change donc profondément le voyage. Allez-vous explorer librement les moindres recoins ou accepter quelques contraintes pour rejoindre plus prudemment les principaux sites ? Ce choix se présente dès le début des préparatifs.
Koh Chang ne possède pas un réseau de transports publics développé comme Phuket ou Bangkok. Pas de Grab disponible, pas de bus non plus. Lors de mes préparatifs, ce sont donc les transports à Koh Chang qui m’ont donné le plus de fil à retordre. Peut-on se déplacer sans louer de véhicule ? Les songthaew sont-ils sûrs ? Les scooters sont-ils vraiment aussi dangereux qu’on le dit ? Tous ceux qui préparent un séjour sur l’île se sont probablement posé ces questions. Voici les avantages et les inconvénients que j’ai constatés sur place, ainsi que les critères pour choisir selon votre façon de voyager. Commençons par le songthaew.
Le songthaew, transport emblématique de Koh Chang : faut-il l’adopter ?
Le seul transport collectif de Koh Chang est le pick-up blanc appelé songthaew. Sa benne est aménagée avec deux longues banquettes face à face. En les voyant alignés à la sortie du ferry, on peut douter de l’idée de traverser les pentes de l’île assis à l’arrière d’un camion. Pour être honnête, j’étais un peu inquiet moi aussi.
Les songthaew font des allers-retours nord-sud sur la route côtière de l’ouest, sans arrêts ni parcours strictement définis. Pas d’horaires fixes : on attend au bord de la route et on lève la main lorsqu’un véhicule approche. On indique sa destination, on négocie le prix, puis on monte : un système très simple. C’est ce que prennent la plupart des voyageurs entre l’embarcadère et leur hébergement à White Sand Beach, Kai Bae Beach ou Lonely Beach. Comme les passagers montent et descendent en chemin, le chauffeur fait souvent des détours par d’autres hôtels ou restaurants. On le paie directement en descendant.
Mais c’est justement le prixqui représente la principale variable. Sans grille tarifaire fixe, le montant dépend largement de ce que demande le chauffeur. Des tarifs indicatifs circulent tout de même entre voyageurs : depuis l’embarcadère, comptez habituellement 50 à 60 bahts par personne pour White Sand Beach, 100 bahts pour Kai Bae Beach et environ 150 bahts pour Lonely Beach, plus au sud. Cela vaut surtout lorsqu’il y a beaucoup de passagers. Si vous êtes seul ou qu’il est tard, les chauffeurs peuvent demander sans hésiter plus du double.
Quelques réflexes sont donc utiles. Avant de monter, dites clairement « Kai Bae Beach, one person, how much? », autrement dit « Kai Bae Beach, pour 1 personne, combien ? », et confirmez le tarif individuel. En groupe, fixer le prix par personne évite mieux les malentendus qu’une négociation vague sur le total. Si le prix est trop élevé, il faut parfois savoir refuser calmement et attendre le véhicule suivant : un autre songthaew arrive souvent derrière. Par ailleurs, une privatisation complète et une course partagée ont des tarifs très différents. À partir de 4 personnes, louer tout le véhicule peut même être moins cher et plus rapide : faites le calcul selon la situation.
Un soir, pour rentrer de Kai Bae Beach à White Sand Beach, un chauffeur m’a demandé 200 bahts par personne, plus du double du tarif habituel. Aucun autre songthaew en vue, une route très sombre : j’ai accepté à contrecœur. L’expérience reste pourtant particulière. Sentir l’air brûlant et les gaz d’échappement, voir défiler la jungle dense et découvrir soudain la mer scintillante au détour d’un virage a quelque chose de romantique. Mais attendre sans savoir quand un véhicule arrivera, négocier à chaque trajet et ne pas pouvoir partir à sa guise sont de vrais inconvénients.
Pour plus de liberté, le scooter est-il la solution ?
Lorsque l’on se lasse d’expliquer sa destination et de négocier à chaque songthaew, ou que l’on veut sortir des parcours habituels pour découvrir son propre Koh Chang, la location d’un scooter devient tentante. Pouvoir aller partout à sa guise pour 200 à 300 bahts par jour, soit environ 8 000 à 12 000 wons, est difficile à ignorer.
Après quelques jours en songthaew, j’ai moi aussi fini par louer un scooter. La liberté de chercher les villages de pêcheurs paisibles de la côte est, des plages sans nom ou des cascades cachées, difficiles d’accès en transport collectif, était délicieuse. Mais retenez bien ceci : cette liberté implique une grande responsabilité et des risques très réels.
La route de Koh Chang mérite sa réputation redoutable. Entre Kai Bae Beach et Lonely Beach, les pentes abruptes et les virages serrés lui valent le surnom de « montagnes russes ». Certaines descentes sont si fortes que l’on prend de la vitesse malgré les freins. J’ai cru que mon cœur s’arrêtait lorsqu’un songthaew venant en sens inverse a franchi la ligne centrale devant moi dans cette descente. La chaussée est par endroits creusée de trous, le sable près des plages rend la route glissante, et chiens ou singes peuvent surgir brusquement. De nombreux tronçons sont sans éclairage : après le coucher du soleil, ils plongent dans l’obscurité.
La location d’un scooter convient uniquement à ces profils
Des conducteurs titulaires du permis moto coréen de catégorie 2 « petite cylindrée », réellement expérimentés et habitués aux routes difficiles d’Asie du Sud-Est. Le permis international et une assurance voyage couvrant les accidents de moto à l’étranger sont indispensables. Se dire « j’ai déjà un peu conduit un scooter en Corée » peut être une confiance dangereuse sur les routes de Koh Chang.
- Choisir le loueur
Privilégiez un établissement qui accepte une caution en espèces, généralement de 1 000 à 3 000 bahts, plutôt que de garder votre passeport. En laissant ce dernier, vous risquez de devenir captif d’un loueur qui réclame une somme excessive pour une simple rayure. - Contrôler impérativement le véhicule
Avant la location, photographiez et filmez le scooter sous tous les angles. Notez les rayures existantes, l’usure des pneus et le fonctionnement des freins et des phares. Ces preuves permettent d’éviter des frais injustifiés. - Vérifier l’assurance
Les assurances proposées par les loueurs sont souvent très limitées, parfois absentes. Elles peuvent ne couvrir que certains dommages au véhicule. Soyez conscient de votre responsabilité personnelle pour les dommages corporels et matériels causés lors d’un accident.
À Koh Chang, le scooter est donc plus qu’un moyen de transport : c’est un choix qui définit votre voyage. Accepter un risque important pour une liberté totale, ou quelques contraintes pour privilégier la sécurité ? Votre réponse vous aidera à choisir la solution adaptée à votre façon de voyager.
Conclusion : trouver le transport qui correspond à votre séjour à Koh Chang
Comme nous l’avons vu, le scooter peut transformer entièrement le caractère du séjour. L’île semble presque différente selon que l’on la parcourt en songthaew ou en scooter. Il n’existe donc pas de réponse universelle, seulement une solution adaptée à chacun. Pour savoir laquelle rendra votre voyage plus agréable, passez une dernière fois en revue les critères suivants.
Quelques questions personnelles facilitent la décision.
- Votre priorité est-elle de vous reposer sur une plage tranquille ou d’explorer tous les recoins de l’île ?
- Les imprévus, l’attente, la négociation et les routes inconnues vous amusent-ils ou vous stressent-ils ?
- Devant les pentes réputées de Koh Chang, penseriez-vous « défi grisant » ou « peur vertigineuse » ?
- Voyagez-vous accompagné ? Avec des enfants ou vos parents, la sécurité doit être votre premier critère.
L’essentiel est de connaître clairement les avantages et les limites de chaque solution. Si vous acceptez un peu d’attente et les négociations, le songthaew est l’option la plus économique et la plus sereine. Il suffit largement si vous logez dans un secteur animé comme White Sand Beach ou Kai Bae Beach et comptez rester dans les environs. Le scooter offre, lui, la liberté de chercher des plages et des cascades cachées hors d’atteinte des songthaew, à condition d’être un conducteur confirmé. N’oubliez pas que le prix réel de cette liberté peut être bien plus élevé qu’on ne l’imagine.
Si vous conduisez peu, voyagez avec de jeunes enfants ou ne restez que 2 à 3 jours, une bonne solution consiste à utiliser surtout les songthaew et à privatiser un véhicule pour une journée. Une voiture avec chauffeur coûte environ 1 500 à 2 500 bahts pour une journée, généralement sur une base de 8 heures. Pour découvrir les principaux sites confortablement, avec la climatisation et davantage de sérénité, l’investissement peut en valoir la peine.
Finalement, se déplacer à Koh Chang consiste moins à acheter du confort qu’à choisir les contraintes que l’on accepte selon son style de voyage. Chaque option a ses atouts et ses limites : choisissez celle qui vous convient, puis concentrez-vous sur la nature de l’île. Voici les derniers conseils pratiques pour vous aider.
Conseils pratiques pour les voyageurs
Après cette longue comparaison entre songthaew et scooter, voici quelques derniers repères pour votre arrivée à Koh Chang. Ils paraissent modestes, mais peuvent faire une vraie différence sur place.
Avant de monter dans un songthaew, annoncez votre destination et vérifiez le prix. « Kai Bae Beach, one person, how much? », soit « Kai Bae Beach, une personne, combien ? », suffit. Entre les principales plages, White Sand, Kai Bae et Lonely Beach, le tarif habituel est de 50 à 100 bahts par personne ; il augmente la nuit ou avec peu de passagers. Si le chauffeur demande un prix déraisonnable, inutile de vous disputer : un simple « OK, thank you », « d’accord, merci », permet de refuser calmement. Un autre songthaew peut arriver dans les 5 minutes. Préparez de petites coupures de 20, 50 et 100 bahts pour faciliter le paiement.
Ce point mérite d’être répété : ne louez pas de scooter si vous êtes seulement « assez à l’aise » et n’avez pas une véritable expérience des routes de montagne sinueuses. À Koh Chang, les dangers ne se limitent pas aux pentes : chiens qui surgissent, sable sur la chaussée et nids-de-poule imprévisibles s’ajoutent au risque. Vérifiez soigneusement les freins et les pneus, puis filmez toutes les faces du scooter avant le départ pour prévenir un éventuel litige. Choisissez naturellement un loueur acceptant une caution en espèces plutôt que votre passeport.
Le permis international est indispensable. Au-delà d’un contrôle de police, conduire sans autorisation reconnue peut vous laisser sans couverture d’assurance en cas d’accident. La catégorie A, correspondant aux motos et au permis coréen de catégorie 2 « petite cylindrée », doit y être validée. Consultez à l’avance les informations sur le portail officiel coréen des démarches de conduite sûrepour vérifier ce point. Gardez aussi à l’esprit que l’assurance du loueur est souvent une simple responsabilité civile ne couvrant pas les réparations de votre propre véhicule.
L’emplacement de votre hébergement détermine votre stratégie de transport. Sur la grande route de l’ouest, notamment à White Sand Beach ou Kai Bae Beach où restaurants et services se concentrent, les songthaew passent fréquemment et les déplacements deviennent bien moins stressants. Choisir la côte est peu fréquentée ou un resort isolé au sud revient à accepter de rester surtout dans son hébergement ou à prévoir le coût d’un scooter ou d’une voiture de location. Après 22:00, trouver un songthaew devient extrêmement difficile : pour un dîner tardif ou une sortie au bar, rester près de son hébergement est plus reposant.